Traduit de l’anglais, dernière vérification le 31 octobre 2026. Lire l’article original en anglais
Les images de pillages, d’incendies et d’affrontements entre la police française et des groupes vêtus de noir, capuche sur la tête et visage masqué, ont fait le tour du monde après les manifestations du 17 octobre 2026. Dans un article explicatif publié le 31 octobre, RFI part de ces scènes pour retracer comment le sweat à capuche est devenu un même vêtement aux significations radicalement opposées, du Paris médiéval aux cours de récréation d’aujourd’hui.
Ce qui s’est passé
Selon RFI, les violences du 17 octobre ont éclaté en marge d’une importante mobilisation contre la hausse du coût de la vie. Parmi les manifestants figuraient des Gilets jaunes et des lycéens, nombre d’entre eux en sweat à capuche, venus protester contre leurs conditions d’enseignement. La journaliste de RFI Nohria Retiel résume clairement le propos de l’article : un même vêtement, des usages très différents.
L’article s’appuie largement sur Denis Bruna, historien de la mode et auteur de Petites histoires de nos vêtements, paru aux Éditions Textuel. Denis Bruna a expliqué à RFI que les plus anciennes représentations de la capuche remontent à la Gaule romaine, où Priape, dieu des jardins, apparaît vêtu d’une petite cape à capuchon. Au Moyen Âge, la capuche était cousue sur les robes monastiques, signe d’humilité qui permettait aux religieux de se soustraire au regard des autres.
La méfiance s’est vite installée. « Dans l’histoire du vêtement occidental, on n’aime pas les vêtements amples ou qui cachent », a déclaré Denis Bruna. Le plus ancien texte qu’il a étudié date de 1399 : Charles VI, roi de France, interdit alors la capuche à Paris, car des brigands profitaient de l’obscurité pour dépouiller les passants. L’ordonnance les appelait les « sans visages ». Les critiques ont ensuite visé les femmes. Vers 1770, on reprochait aux manteaux à capuche d’aider celles qui les portaient à dissimuler des objets volés ou une grossesse adultérine. Vers 1840, de larges chapeaux à bord, appelés capotes, cachaient si bien le visage des femmes aisées qu’on les surnommait les « invisibles ».
Le sweat à capuche moderne est né dans le sport. D’après RFI, la marque américaine Champion l’aurait mis au point dans les années 1930 pour garder les athlètes au chaud avant et après l’entraînement, selon les propos de Christopher Haggerty, alors directeur général de la marque, au magazine i-D. Les ouvriers des entrepôts frigorifiques et des chantiers de New York l’ont adopté, tout comme les élèves officiers de l’Académie militaire des États-Unis, et les universités y ont imprimé leur nom. Deux films de 1976, Rocky et Marathon Man, l’ont associé à la ténacité et à la détermination.
Dans le Bronx, le sweat à capuche a accompagné l’essor du hip-hop. Eric « Deal » Felisbret, pionnier du graffiti, a confié à Rolling Stone en avril 2012 que ceux qui portaient un sweat à capuche dans la rue étaient ceux que les autres admiraient. Les breakdancers appréciaient la liberté de mouvement qu’il offrait. Les graffeurs et les skateurs de la côte Ouest tenaient à l’anonymat qu’il leur procurait. Cette même capacité à cacher le visage a nourri une association avec les gangs et la délinquance. Ralph Lauren et Tommy Hilfiger en ont fait une pièce de streetwear à la mode dans les années 1990, ce qui n’a pas empêché un centre commercial du Kent, au Royaume-Uni, de l’interdire en 2005.
RFI voit dans la mort de Trayvon Martin, en février 2012, un tournant. Ce jeune Afro-Américain de 17 ans a été abattu par George Zimmerman, membre d’une patrouille de surveillance de quartier, après que celui-ci l’a signalé à la police comme « suspect » alors qu’il portait un sweat à capuche. Des milliers de personnes ont participé à la « Million Hoodie March » à New York le 21 mars 2012, et l’acquittement de George Zimmerman en 2013 a relancé le mouvement. À la même époque, le sweat à capuche de Mark Zuckerberg au milieu d’investisseurs en costume a été perçu comme une affirmation de pouvoir. Fin 2018, l’entrepreneur britannique Cephas Williams a lancé « 56 Black Men », une série de portraits de 56 hommes noirs d’horizons différents, tous en sweat à capuche, pour combattre ce stéréotype.
Pourquoi c’est important si vous vivez en France
L’article rappelle le cadre juridique. RFI souligne que depuis 2010, il est interdit en France de dissimuler son visage dans l’espace public, que ce soit avec un voile intégral, une cagoule ou un masque non autorisé. La capuche seule ne pose pas problème. Ce qui inquiète, comme l’explique Denis Bruna à propos du 17 octobre, c’est la dissimulation : des capuches rabattues associées à des masques sur le visage.
Pour les parents d’adolescents, l’article propose une lecture plus apaisée. Chez les lycéens, explique Denis Bruna, le sweat à capuche obéit à d’autres logiques. S’habiller comme ses camarades aide à s’intégrer. Le vêtement est confortable, traduit un style décontracté sans effort et se porte quel que soit le genre. Relever sa capuche peut exprimer l’envie qu’on vous laisse tranquille, ou simplement servir à se protéger du froid et de la pluie. RFI illustre ce propos avec des manifestants défilant pacifiquement sous la pluie à Lille, dans le nord de la France, le 24 octobre 2026.
Pour ceux qui suivent la mode à Paris, Denis Bruna rappelle que depuis le début du 21e siècle, les maisons de luxe s’inspirent souvent de la rue, en changeant les couleurs et les motifs. La manière de le porter modifie aussi le message : la clientèle du luxe laisse généralement la capuche pendre dans le dos. « Chaque vêtement est un code », a-t-il déclaré à RFI, ajoutant qu’aucun des vêtements que nous portons aujourd’hui n’a le même code qu’il y a un ou deux siècles.
À suivre
La signification du sweat à capuche devrait rester disputée tant que les manifestations contre la vie chère continueront d’attirer à la fois des lycéens et les groupes masqués qui agissent en marge. RFI conclut que ce vêtement, désormais présent partout, des cours de récréation aux défilés de luxe, n’a rien perdu de sa capacité à éveiller la suspicion. Comme le dit l’article, tout dépend de qui le porte, de la façon dont il le porte et du regard que les autres portent sur lui. Les lecteurs qui souhaitent approfondir cette histoire peuvent se reporter au livre de Denis Bruna, disponible aux Éditions Textuel.
Source : RFI
Sources
- RFI : Sweat à capuche : un même vêtement, des usages et des regards opposés, consulté le 31 octobre 2026
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